Tianyenou Jeanne LOMPO née COMBARI

Alice TIENDREBOEGO née KABORET

Description

« Forger son destin par l’abnégation au travail et la persévérance « est une phrase qui caractérise le parcours de Mme Jeanne LOMPO

Origines pauvres

De père polygame, ancien  combattant de la guerre d’Algérie et d’une mère ménagère, Jeanne n’a pas  été prioritaire pour être scolarisée. « on m’a oublié, pour me mettre à l’école… » dit-elle ! C’est donc à l’âge de 10 ans que Jeanne a fait ses premiers pas à l’école. Déjà la ténacité se lit dans le caractère de la jeune élève. 

Elève brillante, elle fut la première fille de son village à obtenir le CEP. Elle fut d’ailleurs sélectionnée sous le régime de la révolution pour poursuivre sa scolarité à CUBA. Mais Hélas, son père avait d’autres desseins pour elle. 

 

Du rêve de CUBA à la réalité du mariage 

En effet, à l’âge de 16 ans, son père la présente à son futur époux. Tout avait déjà été arrangé entre les familles. Les futurs époux ne se connaissent pas. Mr LOMPO Palamanga, son futur mari est un jeune soldat servant à Ouagadougou. Pour calmer sa fille, son père lui promit qu’elle pourrait poursuivre sa scolarité auprès de son futur mari. Jeanne n’ira donc pas à CUBA mais à Ouagadougou auprès de son époux.

Du village à la capitale

Jeanne arrive à Ouagadougou à l’âge de 17 ans. Tout est nouveau pour elle. Elle est désormais l’épouse d’un soldat. Finis, les rêves de poursuivre les études. La dure réalité du ménage la rattrape aussitôt. A 18 ans, elle fait l’expérience de sa première maternité. Le salaire de son mari est insignifiant devant les charges de la petite famille. Jeanne doit se mettre au travail. C’est la dure réalité de la capitale et du ménage. Mais que faire avec juste le CEP et ne connaissant pas la ville et  parlant à peine le mooré. 

Le tissage, un moyen de survie !

L’Acquisition d’un premier métier à tisser en bois

Une dame qui habitait le quartier de Jeanne à Dassasgo était tisserande. Jeanne se rapprocha d’elle pour apprendre le métier. Lorsque son mari fut muté à Bobo Dioulasso, Jeanne économise l’argent de sa « popote » pour acquérir son premier métier à tisser en bois de récupération faute d emoyen pour  acquérir un métier métallique. 

« Ma vie avec le Dan Fani » pagne tissé » a commencé à ce moment-là !! » 

Jeanne en fine stratège,  fabriqua un pagne pour l’offrir à son mari afin de lui montrer qu’elle voulait en faire un métier. Mais, le petit métier à tisser en bois ne permet pas encore à Jeanne d’être autonome et indépendante. En effet, il faut payer les fils, la teinture et bien d’autres intrants. 

Jeanne va donc enchainer les petits boulots en même temps qu’elle tisse. Désormais mère de 04 enfants, Jeanne va vendre du bois, être cuisinière, commerçante, gérer un télécentre, faire le ménage et le nettoyage, tout en exerçant parallèlement sa passion de tisserande. 

« ROSE » la rencontre décisive

En 2003, Jeanne possède un métier à tisser normal et est femme de ménage chez une coopérante américaine qu’elle appelle affectueusement par son prénom « ROSE ».

Cette femme extraordinaire est touchée par le caractère hors du commun de Jeanne. Elle décide alors de l’accompagner.  C’est une époque où les burkinabés produisaient le pagne tissé mais peu connaissaient les articles dérivés. De plus, le marché local manquait de variabilité dans les couleurs

Grâce aux conseils de ROSE, Jeanne décide de s’investir et de révolutionner le FASO DAN FANI en 03 axes : 

  • améliorer la qualité du pagne. En effet, à cette époque beaucoup de consommateurs se plaignent du manque de résistance des pagnes tissés. Jeanne va donc changer sa façon de tisser pour se démarquer par la qualité de son pagne
  • développer la créativité dans la teinture et dans l’agencement des couleurs. Ainsi Jeanne va désormais créer des motifs. Les expatriés vivant au Burkina ne s’intéressaient pas au pagne tissé à cause de la qualité de la teinture et de l’agencement des couleurs. Sur les conseils de ROSE, Jeanne se démarque par des tissus qui ne se déteignent pas et par une créativité dans l’agencement des couleurs. Désormais le client peut commander la couleur qu’il souhaite. 
  •  Fabriquer des articles dérivés : au contact des américains Jeanne découvre les sets de tables, les chemins de table… Désormais Jeanne emploie un « styliste -modéliste » chargé de la confection des articles dérivés.

Jeanne est la première tisserande au Burkina Faso à produire des sets de tables entièrement fait main. 

Sa réputation se répand ainsi parmi la communauté expatriée faisant d’elle une invitée majeure de toutes les expositions et foires organisées par les différentes ambassades occidentales à Ouagadougou.

L’aventure de FASOBEAUTEX

Grace à sa persévérance, à la qualité de son travail, Jeanne est désormais une tisserande reconnue. Elle ouvre donc une petite boutique en Mars 2007. Elle y expose les pagnes tissés, les produits dérivés et y installe une cabine téléphonique communément appeler « télécentre ». ROSE sa bienfaitrice, de passage au domicile de Jeanne, n’en revient pas des progrès qu’elle a accomplis.

En 2019, après le décès de son mari, Jeanne est rejointe par ses deux filles Eugénie et Claire. En effet, Jeanne croule sous les commandes et les sollicitations. 

Sous l’impulsion de ses filles, communicatrice et gestionnaire, l’entreprise FASO BEAUTEX est créée.  Elle comprend un centre de formation aux métiers de tissage et de production de pagnes tissés, un atelier de confection de produits dérivés et une boutique d’exposition vente. Aujourd’hui elle emploie deux commerciaux, une gestionnaire, une communicatrice, une vingtaine de jeunes filles et garçons, deux stylistes. 

Les jeunes filles et garçons sont formés aux métiers de tissage et sont hébergés par Jeanne.

FASO BEAUTEX a participé à plusieurs expositions nationales et internationales (RCI, Niger, Ghana, Djibouti, France, USA).

L’Association NEW LIFE ou le désir de redevabilité 

Afin de permettre à d’autres jeunes filles non scolarisées ou déscolarisées de se former aux métiers de tissage, Jeanne créa en 2017, l’Association New Life, son désir premier étant de transmettre ses connaissances aux jeunes ayant le même parcours qu’elle.

 Ainsi, le but de cette association est de former les jeunes filles vulnérables, de les installer et de les accompagner dans la production et la commercialisation des pagnes tissés.

En 2021, l’Association fut sélectionnée pour bénéficier de l’initiative PISCA portée par le service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Burkina Faso. Grace à cette initiative, l’association a formé 60 femmes et jeunes filles vulnérables (déplacées internes) aux métiers de tissage. L’association a fourni à chaque apprenante un métier à tisser et des intrants de tissage. 

Après 09 mois de formation initiale et continue, les 60 bénéficiaires ont pu présenter leur travail lors d’une foire médiatisée même en dehors des frontières du Burkina Faso. 

Depuis Janvier 2023, Mme Jeanne LOMPO, est formatrice en teinture et tissage en partenariat avec le centre médical SCHIPHRA à travers son Centre de Formation « Dame Espoir ». Avec ce partenariat, Jeanne a formé une quarantaine de femmes et jeunes filles, victimes de fistules obstétricales afin de faciliter leur insertion ou leur réinsertion professionnelle.  

Afin d’aider ces braves femmes à écouler leurs productions, Faso Beautex achète les pagnes produits pour ensuite les transformer en divers produits et les vendre dans son showroom.  

Pour Mme Jeanne LOMPO, « Les échecs, ce n’est pas la fin du monde, on peut réussir, si on est courageux, battant. »

Conclusion :

Jeanne est une femme battante, déterminée qui a réussi à créer une entreprise familiale, avec des valeurs et un savoir-faire Artisanal. Sans avoir fait des études en design, elle a su mettre apporter une touche artistique dans le tissage ancestral et à faire du pagne tissé un produit de qualité.

Détails

Statut
Directrice de l’entreprise de Dan Fani FASOBEAUTEX et présidente de l’Association NEW LIFE

Date et lieu de naissance
en 1969 à Logobou/ Province de la Tapoa

Date de décès
Vivante 

Nationalité/Citoyenneté
Burkinabé (Voltaïque)

Domaine d’excellence
Art Textile

Étendue du domaine d’excellence
Local, National, Continental, International

Son parcours inspirant lui vaut plusieurs interviews dans des organes de presse nationaux et internationaux et aussi plusieurs distinctions honorifiques, entre autres : 

  • Prix Africa Mousso 2020 meilleure femme battante du Burkina Faso.
  • Prix du public AFRIBUSINESS AWARDS 2023 meilleure entreprise catégorie invention et innovation au Burkina Faso.

Prix RESS Africa de la meilleure créativité pour la promotion et la valorisation de l’identité culturelle africaine obtenue en République de Côte d’Ivoire.

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