Présentation
Miriam Makeba, affectueusement surnommée « Mama Africa », est l'une des plus grandes figures culturelles et panafricaines du XXᵉ siècle. Chanteuse, artiste, militante et ambassadrice de la culture africaine, elle a utilisé sa notoriété internationale pour dénoncer l'apartheid, défendre les droits humains et porter la voix de l'Afrique sur les plus grandes scènes du monde. Son histoire est exceptionnelle parce qu'elle démontre qu'une chanson peut devenir un acte politique. Et qu'une voix peut devenir celle de tout un peuple. UNE ENFANCE SOUS L'APARTHEID Miriam Zenzi Makeba naît le 4 mars 1932 à Johannesburg, en Afrique du Sud. Elle grandit dans une société profondément marquée par la ségrégation raciale. L'apartheid va progressivement imposer aux populations noires sud-africaines un système de discrimination institutionnalisée qui touche pratiquement tous les aspects de la vie. Makeba connaît directement cette réalité. Elle ne deviendra donc pas militante par théorie. Elle devient militante parce qu'elle connaît l'injustice. LA CHANTEUSE QUI CONQUIERT L'AFRIQUE DU SUD Miriam Makeba commence sa carrière musicale dans les années 1950. Elle rejoint notamment le groupe vocal The Manhattan Brothers, puis forme The Skylarks. Sa voix devient rapidement reconnaissable. Elle chante en plusieurs langues africaines et contribue à faire connaître les sonorités sud-africaines auprès d'un public beaucoup plus large. Mais son destin va basculer lorsqu'elle apparaît dans le film documentaire Come Back, Africa, réalisé par Lionel Rogosin en 1959. Le film attire l'attention internationale. Le monde commence à découvrir Miriam Makeba. L'AMÉRIQUE DÉCOUVRE « MAMA AFRICA » Makeba s'installe aux États-Unis à la fin des années 1950. Elle rencontre notamment Harry Belafonte, qui joue un rôle important dans le développement de sa carrière internationale. Elle se produit dans les plus grandes salles et partage la scène avec des artistes majeurs. Sa musique devient un pont entre : l'Afrique et l'Occident ; la tradition et la modernité ; la musique populaire et l'engagement politique. Puis arrive une chanson qui va entrer dans l'histoire. « PATA PATA » En 1967, Miriam Makeba connaît un succès international immense avec Pata Pata. La chanson devient un phénomène mondial. Elle fait danser des millions de personnes. Mais derrière cette artiste internationale se trouve toujours une femme profondément attachée à l'Afrique. Et bientôt, Makeba va utiliser sa célébrité pour porter un message beaucoup plus difficile. LA VOIX DE L'ANTI-APARTHEID Après avoir témoigné contre l'apartheid à l'étranger, Miriam Makeba se retrouve confrontée aux autorités sud-africaines. Son passeport est annulé en 1960. Elle ne peut plus rentrer librement dans son pays. Elle devient ainsi, de fait, une femme contrainte à l'exil. Mais l'exil ne la réduit pas au silence. Il amplifie sa voix. Elle utilise ses concerts et ses apparitions internationales pour expliquer au monde ce qui se passe en Afrique du Sud. Elle parle de la ségrégation. Elle parle des violences. Elle parle de la dignité des Noirs sud-africains. Elle parle de liberté. 1963 : MAKEBA DEVANT LES NATIONS UNIES L'un des moments les plus importants de son engagement survient en 1963. Miriam Makeba témoigne devant l'Assemblée générale des Nations unies sur la situation en Afrique du Sud. Une artiste prend alors la parole devant les représentants du monde entier. Ce moment symbolise parfaitement son parcours : elle n'utilise pas seulement sa voix pour chanter ; elle l'utilise pour témoigner. Elle devient l'une des personnalités internationales les plus visibles de la lutte contre l'apartheid. UNE FEMME QUI CHOISIT L'AFRIQUE Miriam Makeba ne se contente pas de dénoncer l'apartheid. Elle développe également une profonde vision panafricaine. Elle s'installe notamment en Guinée, où elle vit pendant plusieurs années. Elle se rapproche de dirigeants africains et participe activement à la vie politique et culturelle du continent. Elle devient notamment représentante de la Guinée auprès des Nations unies. Elle entretient également des relations avec plusieurs figures majeures des indépendances africaines. Pour Makeba, la libération de l'Afrique du Sud s'inscrit dans la libération de l'Afrique tout entière. UNE VOIX POUR UNE AFRIQUE UNIE Son parcours est profondément panafricain. Elle traverse les frontières. Elle chante pour différents peuples. Elle célèbre les langues africaines. Elle collabore avec des artistes du continent. Elle défend l'idée d'une Afrique capable de prendre en main son propre destin. Elle devient ainsi bien plus qu'une chanteuse sud-africaine. Elle devient une icône africaine. UNE RECONNAISSANCE MONDIALE Son engagement ne fait pas disparaître son immense talent artistique. Au contraire. Miriam Makeba reçoit de nombreuses distinctions au cours de sa vie. En 1966, elle remporte notamment un Grammy Award avec Harry Belafonte pour l'album An Evening with Belafonte/Makeba. Elle reçoit également de nombreuses distinctions internationales pour son œuvre artistique et son engagement. En 1999, elle est nommée Ambassadrice de bonne volonté de la FAO. Son influence dépasse désormais largement le monde de la musique. 1990 : LE RETOUR AU PAYS Après près de trois décennies d'exil, Miriam Makeba peut finalement retourner en Afrique du Sud en 1990, après la libération de Nelson Mandela. C'est un moment profondément symbolique. La femme à qui l'on avait interdit de rentrer chez elle revient enfin dans son pays. L'exilée redevient citoyenne de sa terre. UNE VOIX AUX CÔTÉS DE NELSON MANDELA Makeba soutient le combat contre l'apartheid et entretient des liens avec Nelson Mandela, devenu le symbole mondial de cette lutte. Elle ne cherche cependant jamais à devenir une politicienne professionnelle. Son terrain reste la culture. Sa scène devient son parlement. Son microphone devient son outil de mobilisation. Ses chansons deviennent des vecteurs de mémoire. 2008 : LA DERNIÈRE SCÈNE Miriam Makeba continue à se produire malgré son âge. Le 9 novembre 2008, elle participe à un concert en Italie organisé en soutien à l'écrivain et journaliste Roberto Saviano, menacé par la mafia. Après son passage sur scène, elle est victime d'un malaise. Elle meurt à Castel Volturno, en Italie, à l'âge de 76 ans. Elle était encore en train de chanter. Elle quitte la scène en faisant ce qu'elle avait fait toute sa vie : utiliser sa voix pour défendre une cause. CE QUE MIRIAM MAKEBA LAISSE AUX ENFANTS D'AFRIQUE Son héritage dépasse largement la musique. Elle laisse une leçon de courage : Votre talent peut servir à quelque chose de plus grand que vous-mêmes. Elle aurait pu utiliser sa célébrité uniquement pour devenir une artiste internationale. Elle choisit de faire davantage. Elle utilise son succès pour parler de ceux qui n'ont pas de tribune. Elle montre également aux jeunes Africains que le panafricanisme n'est pas seulement une idée politique. Il peut être vécu à travers : la culture ; la musique ; la solidarité ; la défense de la dignité ; la connaissance de l'histoire ; et le refus de l'injustice. POURQUOI MIRIAM MAKEBA MÉRITE UNE ÉTOILE ? Parce qu'elle est l'une des plus grandes artistes africaines du XXᵉ siècle. Parce qu'elle a fait connaître la musique sud-africaine au monde entier. Parce que Pata Pata est devenue l'une des chansons africaines les plus célèbres internationalement. Parce qu'elle a témoigné devant les Nations unies contre l'apartheid. Parce qu'elle a vécu des décennies d'exil pour avoir défendu son peuple. Parce qu'elle a utilisé sa notoriété pour combattre le racisme et défendre les droits humains. Parce qu'elle a incarné une vision profondément panafricaine. Parce qu'elle a fait de la culture un instrument de résistance. Mais surtout parce qu'elle a prouvé qu'une artiste pouvait devenir la conscience d'une époque. Elle n'a pas seulement chanté l'Afrique. Elle a défendu son droit à être libre, digne et maîtresse de son propre destin. MIRIAM MAKEBA MAMA AFRICA SON ÉTOILE HONORE UNE FEMME QUI A TRANSFORMÉ SA VOIX EN ARME PACIFIQUE CONTRE L'APARTHEID, EN PONT ENTRE LES PEUPLES ET EN SYMBOLE MONDIAL DE LA DIGNITÉ AFRICAINE. UNE VOIX PEUT S'ÉTEINDRE. MAIS UNE VOIX QUI A PORTÉ LA LIBERTÉ NE MEURT JAMAIS.