Fiche Étoile

Fela Anikulapo KUTI

Chanteur, saxophoniste, chef d’orchestre et homme politique
Citoyenneté et panafricanisme Musique, panafricanisme et engagement politique national • continental • international

Inventeur de l’afrobeat et figure majeure de la musique engagée africaine, Fela Anikulapo Kuti a utilisé sa musique comme instrument de contestation contre la corruption, les dictatures, les inégalités et les influences étrangères, tout en défendant l’unité africaine et le retour aux sources culturelles du continent.

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Fela Anikulapo KUTI

Présentation

Olufela Olusegun Oludotun Ransome-Kuti, dit Fela Kuti, également connu sous le nom de Fela Anikulapo Kuti ou simplement Fela, est né le 15 octobre 1938 à Abeokuta au Nigeria et est mort le 2 août 1997 à Lagos. Chanteur, saxophoniste, chef d’orchestre et homme politique nigérian, il est présenté comme le fondateur de la « République de Kalakuta » et comme l’inventeur de l’afrobeat, une fusion de jazz, de funk, de highlife ghanéen et de musiques traditionnelles nigérianes, notamment yoruba. UN ARTISTE ENGAGÉ Dans un Nigeria marqué par les conséquences de la guerre du Biafra, le boom pétrolier, les inégalités sociales et les régimes militaires, Fela Kuti s’impose comme un artiste engagé contre la corruption, la dictature et le pouvoir des multinationales. Populaire auprès des laissés-pour-compte des ghettos de Lagos, celui que l’on surnomme également le « Black President » utilise sa musique comme une arme. Ses longues compositions, souvent chantées en pidgin, dénoncent la dictature militaire, la corruption des élites et la misère sociale. Ses textes appellent aussi les Africains à reconquérir leur liberté par un retour aux sources, à leur identité et à leur vérité. DE LONDRES À LA NAISSANCE DE L’AFROBEAT Fela part à Londres pour ses études et choisit la musique plutôt que la médecine. Au Trinity College of Music, il se forme et crée avec des amis nigérians et caribéens le groupe Koola Lobitos. Influencé par le jazz et le highlife, il développe progressivement son propre langage musical. En 1969, lors d’une tournée aux États-Unis, il rencontre Sandra Izsadore, militante liée aux Black Panthers, qui lui fait découvrir notamment les idées de Malcolm X. À son retour au Nigeria, il transforme profondément son orientation artistique et politique. Le groupe Koola Lobitos devient Africa 70. Fela impose un rythme moins marqué par le jazz et davantage ancré dans les sonorités africaines : l’afrobeat prend forme. Il choisit ensuite le pidgin afin de rendre ses messages accessibles à un public nigérian plus large. KALAKUTA REPUBLIC ET LA CONTESTATION DU POUVOIR En 1974, Fela se retranche dans un espace qu’il baptise Kalakuta, qu’il déclare indépendant et où il poursuit son travail de création. Sa musique devient progressivement l’expression des frustrations de millions d’exclus sociaux. L’un de ses morceaux les plus célèbres, « Expensive Shit », naît d’un épisode lié à une arrestation pour consommation de stupéfiants. Avec l’album antimilitariste « Zombie » en 1976, Fela s’attire davantage l’hostilité du pouvoir militaire. Kalakuta Republic est ensuite attaquée et détruite lors d’un raid militaire. Sa mère, Funmilayo Ransome-Kuti, est grièvement blessée au cours de l’attaque et succombe quelques mois plus tard. Fela est lui-même plusieurs fois emprisonné et torturé. En janvier 1977, lors du Festival mondial des arts nègres à Lagos, il boycotte l’événement officiel et organise des concerts gratuits. L’attention des journalistes et artistes internationaux se porte alors fortement sur lui et sur sa dénonciation de l’establishment nigérian. Il racontera plus tard l’attaque de Kalakuta dans « Unknown Soldier ». UN ENGAGEMENT PANAFRICANISTE Fela Kuti affirme son attachement à l’unité africaine et appelle à la paix entre les Africains. Panafricaniste et socialiste, il soutient notamment Kwame Nkrumah et Thomas Sankara. Les idées du Black Power figurent également parmi ses influences politiques. Son engagement dépasse donc la scène musicale : il fait de la culture et de la musique des instruments de conscientisation politique et d’affirmation africaine. LE MOVEMENT OF THE PEOPLE En 1979, avec le retour d’un gouvernement civil au Nigeria, Fela fonde son parti politique, le Movement of the People (MOP), et annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 1983. Les autorités lui barrent cependant la route politique, et son parti ainsi que sa branche culturelle, Young African Pioneers, sont interdits. En 1985, il publie « Army Arrangement », qui met en lumière un scandale financier impliquant la junte au pouvoir. Il est ensuite condamné à une peine de prison après une arrestation à l’aéroport de Lagos pour exportation illégale de devises. Il est finalement libéré en 1986 après des mobilisations de soutien et un changement de régime. LES DERNIÈRES ANNÉES Après sa libération, Fela entre progressivement dans une période de semi-retraite, tout en continuant à se produire au Shrine et à publier de nouvelles œuvres. « Beasts of No Nation » fait partie de cette période, tandis que « Underground System », publié en 1993, est présenté comme son dernier album original paru de son vivant. Fela Kuti meurt le 2 août 1997 à Lagos. Malgré les tensions qui l’avaient opposé pendant des années aux gouvernements militaires successifs, les autorités décrètent quatre jours de deuil national. Le 12 août 1997, près d’un million de personnes à Lagos descendent dans les rues pour honorer sa mémoire. UN HÉRITAGE DURABLE Son héritage musical se poursuit notamment à travers ses fils Femi Kuti et Seun Kuti, eux-mêmes artistes de l’afrobeat. Chaque année, la série d’événements « Felabration » rend hommage à son œuvre et à sa mémoire. La portée de son influence dépasse la musique. Son nom continue d’être invoqué dans les mouvements sociaux et politiques nigérians. Un musée lui est également consacré à Lagos, tandis que des artistes internationaux continuent de rendre hommage à son œuvre. En 2016, le chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly crée notamment le spectacle « Kalakuta Republik », inspiré de la vie de Fela Kuti. FELA ANIKULAPO KUTI MUSICIEN. INVENTEUR DE L’AFROBEAT. PANAFRICANISTE. CONTESTATAIRE. Son héritage repose sur une conviction forte : la musique peut être à la fois une création artistique, une mémoire, une arme de dénonciation et un instrument d’émancipation.

Identification
Nationalité
Nigériane
Naissance
1938-10-15 • Abeokuta, Nigeria
Décès
1997-08-02 • Lagos

Domaine d’excellence
Afrobeat, panafricanisme et engagement politique
Étendue : national • continental • international

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